
Sous le titre À la guerre comme à la guerre !, j'ai voulu réunir ici quelque pièces descriptives ayant la guerre pour objet. Lorsque nous explorons le répertoire, chez les français et les allemands surtout, nous pouvons reculer au cours des quatorzième et quinzième siècles pour trouver des exemples de ce répertoire bien ciblé. Au seizième siècle, le titre qui nous vient tout de suite à l'esprit est bien sûr La Guerre, oeuvre vocale de Clément Janequin, souvent adaptée, transcrite, transformée en plusieurs de ses aspects non seulement par Janequin lui-même mais également par un grand nombre de ses comtemporains. Claudio Monteverdi nous a laissé de remarquables madrigaux guerrieri e amorosi et ll Combattimento di Tancredi e Clorinda. Certains opéras ont également permis à quelques compositeurs d'exposer leur talent dans l'art de la guerre. Les virginalistes et les clavecinistes n'allaient pas non plus rater l'occasion d'exploiter une si belle veine et de succomber à la tentation de transposer à leur instrument un sujet aussi évocateur. Il sont près d'une douzaine à nous laisser quelque pièce sur ce thème. J'en ai retenu quatre : William Byrd, Jean-François Dandrieu, François Couperin et Claude-Bénigne Balbastre. Il ne faut pas croire que l'évocation de la guerre allait s'arrêter avec la période baroque; qu'il nous suffise de retenir les noms de Beethoven, Liszt, Tchaikovsky et plus près de nous Shostakovitch ou le canadien Clermont Pépin.
William BYRD (1543-1623)
The Battell (extraite de My Lady Nevel's Booke)
est bien encadrée par une marche qui nous y amène et
une gaillarde qui nous fait savourer la victoire. Cette March
before the battell existe également, avec quelques dittérences
de texte minimes, dans un recueil beaucoup plus important, le Fitzwillian
Virginal Book, sous le titre de The Earl ot Oxtord's
March. Deux événements
ont pu inciter Byrd à écrire
une telle œuvre : soit les guerres irlandaises ou la défaite
de l'lnvincible Armada. Comme on peut le constater à la lecture
du programme proposé par le virginaliste, on passe beaucoup
plus de temps à se préparer et à décrire
les divers intervenants qu'à se battre. En tout et pour tout,
Byrd consacre... quinze mesures à l'affrontement lui-même, à la
fin de The marche to the tighte... Dans son édition
de My Lady Nevel's Booke, collection de quarante-deux
pièces
de Byrd au nombre desquelles figure The
Battel, Hilda Andrews joint trois courts morceaux de beaucoup
postérieurs à cette œuvre: The buriing ot
the dead, The morris et Ye souldiers dance.
Quoiqu'elles n'appartiennent pas à la collection, j'ai cru bon
de les inclure dans cet enregistrement à cause de leur valeur
descriptive.
Jean-François DANDRIEU (1682-1738)
Au catalogue des œuvres pour clavecin de ce compositeur apparaissent
quelques suites à programme qu'il nomme divertissement : Le
Concert des oiseaux, La Fête de village et La
Chasse. Les Caractères de la Guerre,
enregistrés
ici, sont une convaincante et fidèle transcription pour clavier
d'une suite orchestrale écrite quelques années auparavant.
Dans le mouvement intitulé La Charge, Dandrieu
souhaite, comme il l'écrit dans sa préface, que pour
mieux exprimer le bruit du Canon... on pourra fraper (sic) autant
de fois du plat et de toute la longueur de la main, les notes les
plus basses du clavier. Ne s'agirait-il pas ici des premiers
exemples de « clusters », technique largement utilisée
dans la littérature instrumentale contemporaine ?
François COUPERIN (1668-1733)
Le dixième des vingt-sept ordres (ainsi qualifiait-il ses suites)
de Couperin s'ouvre sur un triptyque, La Triomphante,
dont les deux premiers volets, Bruits de guerre et Allégresse
des Vainqueurs, empruntent une forme privilégiée
du compositeur, le rondeau. La guerre qu'on nous présente ici
est bien inoffensive : c'est une guerre de salon, aimable, sans méchanceté,
ouatée, d'un esprit bien différent de celui que nous
proposaient Byrd et Dandrieu.... Le hasard a voulu que, durant la
session d'enregistrement de la pièce intrtulée Bruits
de guerre, un orage éclatât. Les microphones n'ont
pu faire abstraction de ce grondement qui, finalement, n'était
pas si étranger à mon
propos. Nous avons donc convenu de conserver quelques coups de tonnerre,
comme préambule...
Claude-Bénigne BALBASTRE (1727-1799)
Balbastre a conçu sa version de La Marseillaise et
de l'air Ça ira pour le pianoforte. Lorsqu'on
considère
l'ensemble de son œuvre pour clavier, on constate dailleurs une
bifurcation très nette vers ce nouvel instrument, au détriment
du clavecin. Le Citoyen BALBASTRE comme on le peut
lire en tête de la partition dédie cette œuvre « aux
braves défenseurs de la République française l'an
1792, ler de la République ». Cette mélodie familière
est d'abord exposée fièrement, puis suivent deux variations.
La seconde comporte une section nettement plus descriptive où on
peut lire des éléments de programme tel: combat, fuite
des ennemis, canon. La victoire s'e×prime ici à travers
l'air Ça ira. Je ne cacherai pas le plaisir que
j'ai éprouvé, que j'éprouve toujours, à jouer
cette version de l'hymne national du peuple français, et j'espère
qu'on ne nous tiendra pas rigueur ni à Balbastre ni à moi
d'y avoir mis un brin de fantaisie.